REVIEW


C’est la plage immense, les galets.

Les berges d’un étang, d’un lac.

Ce sont les corps changeants, les cœurs émus.

La maladresse fragile des flamants roses, un cheval dans une rue.

La voilà la mémoire des instants minuscules, si grands qu’on imagine mal les oublier.

Un baiser peut-être ; des cousines, des cousins.

Des méduses sur les plages, la tristesse de se perdre de vue.


Avec un regard d’une acuité exceptionnelle, Élise Toïde s’empare de cette période si délicate, si instable de la post adolescence.

Tout dans Les vagues rappelle la fugacité, la fragilité de cet instant à cheval entre l’insouciante enfantine et la gravité adulte. Il n’est pas question dans ce livre de chroniquer les vestiges de cette période : moments de boire ou cigarettes fumées en cachette, écarts ou révoltes.

Non.

C’est une autre adolescence qu’évoque la photographe : celle des doutes, des joies, celle des amours infinies et des tristesses insondables.

Celle de la douce mélancolie d’une chanson un peu triste.

Alors, elle nous entraîne à sa suite en ces lieux que nous avons pu fréquenter, à la rencontre de ces émotions que nous avons pu connaître, frôler.

Élise Toïde fait ici œuvre d’enquêtrice de l’intime. Le temps passe, les jeux s’achèvent, les questionnements et les doutes naissent. Sentiment universel, reliques de nos histoires personnelles : nous nous sommes aussi ennuyés, nous avons contemplé les rosiers en fleur, les dernières lueurs du soleil sur la bâtisse.

Les vagues est un livre dont il faut prendre le temps de s’imprégner. Peu à peu, la photographe, en témoin conscient d’une histoire achevée, nous fait plonger dans des remembrances. Et c’est, au-delà de la sensibilité extrême des images, la qualité de ce livre.

Parce que tout ici rappelle que nous fûmes adolescents.

Que nous éprouvâmes ces désarrois, ces questionnements, ces moments de latence.

Et qu’en reste-t-il ? Des impressions, des sensations qui parcourent l’âme au même titre que les photographies d’Élise Toïde nous touchent au plus profond de notre être.

Ils ne sont pas si fréquents les ouvrages qui parlent ainsi, avec une telle pudeur, de cette période parfois si difficile, il serait donc bien malheureux de ne pas s’attarder longuement sur celui-ci.

Les vagues est un très beau livre, d’une puissance inouïe qui offre un espace de calme, un moment d’apesanteur.

Prenons le temps d’en suivre la douce mélancolie, d’en épouser le ressac.

Demain, peut-être, nous retournerons à nos trop vives vies d’adultes, oubliant le soleil sur nos peaux et les « je t’aime » murmurés.

Mais il restera Les vagues pour nous les rappeler.


Frédéric Martin/9 lives


It is the immense beach, the pebbles. The banks of a pond, a lake. These are the changing bodies, the moved hearts. The fragile awkwardness of pink flamingos, a horse in a street. Here is the memory of tiny moments, so great that it is hard to imagine forgetting them. A kiss perhaps; cousins, cousins. Jellyfish on the beaches, the sadness of losing sight of each other. With a look of exceptional acuity, Élise Toïde seizes this so delicate, so unstable period of post-adolescence. Everything in Les vagues recalls the transience, the fragility of this moment straddling childlike carefreeness and adult seriousness. There is no question in this book of chronicling the vestiges of this period: moments of drinking or cigarettes smoked in secret, deviations or revolts. No.

It is another adolescence that the photographer evokes: that of doubts, joys, that of infinite loves and unfathomable sadness. That of the sweet melancholy of a slightly sad song. So, she takes us with her to these places that we have been able to frequent, to meet these emotions that we have been able to know, come close to. Élise Toïde works here as an investigator of the intimate. Time passes, the games end, questions and doubts arise. Universal feeling, relics of our personal stories: we were also bored, we contemplated the rosebushes in bloom, the last rays of the sun on the building. Les vagues is a book that you have to take the time to soak up. Little by little, the photographer, as a conscious witness of a finished story, makes us plunge into remembrances. And that is, beyond the extreme sensitivity of the images, the quality of this photobook.

Because everything here reminds us that we were teenagers. That we experienced these confusions, these questions, these moments of latency. And what's left? Impressions, sensations that run through the soul in the same way as the photographs of Élise Toïde touch us in the depths of our being. Books that speak in this way, with such modesty, of this sometimes so difficult period are not so frequent, so it would be very unfortunate not to dwell at length on this one. Les vagues is a very beautiful book, of an incredible power which offers a space of calm, a moment of weightlessness. Let's take the time to follow its sweet melancholy, to embrace its undertow. Tomorrow, perhaps, we will return to our too lively adult lives, forgetting the sun on our skins and the whispered "I love you". But there will remain Les vagues to remind us of them.


Frédéric Martin/9 lives